Le projet « Notre Histoire » a vu le jour dans l’ambition de créer un espace de rencontre et de partage intergénérationnel et interculturel, en réunissant des aînés et de jeunes adultes issus de l’immigration. À travers des ateliers d’écriture créative, les participants ont été invités à explorer et à raconter leurs histoires de vie dans un cadre poétique, favorisant ainsi la compréhension mutuelle, la transmission de savoirs et la création d’un patrimoine collectif enrichi par la diversité culturelle.
Visant à créer un « patrimoine de la diversité », les participants ont partagées 8 ateliers. Le tout sous une forme de recherche-action artistique qui, en célébrant nos différences et nos similitudes, a cherché à briser les stigmates de l’indifférence, de la solitude et de l’isolement. Voici le fruit de ces rencontres et le partage de vie de ce groupe sous la forme de l’écriture.
Un rêve devenu réalité
Par Maryluz Perez Figueroa

« Avant la pandémie : Un jour, mon fils m’a dit : « Maman, j’aimerais déménager dans un autre pays, voir le monde et découvrir une autre vie. »
J’adore la Colombie, mais il est difficile d’y trouver des opportunités. Nous avons donc commencé à chercher des possibilités à l’étranger pour mon fils et pour ma famille.
Après la pandémie, nous avons discuté avec un ami, Fhanor, qui nous a parlé de plusieurs possibilités de travailler et de vivre à l’étranger. Cependant, c’est très cher, et nous ne gagnons pas assez pour nous le permettre. Mon mari a trouvé une opportunité et ne nous a rien dit jusqu’au jour de son entretien d’embauche en ligne chez CIF Métal à Thetford Mines, au Québec, Canada.
Il nous a demandé si nous voulions l’accompagner.
Nous avons dit oui. Six mois plus tard, mon mari s’est envolé pour le Québec, je suis arrivée six mois après lui, et mon fils six mois après moi.
Aujourd’hui, nous vivons une expérience formidable, nous avons des emplois bien rémunérés, nous rencontrons des gens qui accueillent chaleureusement les immigrants, comme les enseignantes de francisation de l’Escale, l’ICI, le CJE, la MRC Des Appalaches et d’autres qui disent simplement : « Les immigrants ne sont pas des étrangers; nous sommes tous humains. »
Un grand merci à tous ceux qui travaillent dur et font tout leur possible pour que les nouveaux arrivants se sentent chez eux.
Malgré toutes les difficultés que l’immigration implique, nous pouvons réussir et réaliser nos rêves ici. Bienvenue dans cette nouvelle vie, la réussite dépend de toi ! »
Empreintes de lumière
Par Borissea
« Dans les plis du temps, j’ai marché sans bruit,
le cœur parfois lourd, parfois debout malgré tout.
J’ai laissé derrière moi des empreintes que personne ne voit,
mais que le destin connaît par cœur.
Ma vie, un livre déchiré puis recollé,
où chaque douleur s’est transformée en leçon,
où chaque larme a nourri une graine
qui aujourd’hui encore fleurit dans mes rires.
Puis un jour… elle.
Ma fille.
Un soleil qui ne demande pas la permission pour briller,
une petite victoire enveloppée de tendresse,
qui me rappelle que je suis plus forte
que ce que le monde voudrait que je croie.
Quand elle rit, le ciel apprend à sourire.
Quand elle court, mes peurs apprennent à s’effacer.
Quand elle dort, c’est comme si la vie elle-même
me disait merci d’être restée debout.
Je regarde mes pas derrière moi—
des chemins brisés, des routes reconstruites,
des combats qui n’ont pas eu la peau de mon âme.
Et pourtant… je suis là.
Debout, vivante, victorieuse.
Mes empreintes racontent mon histoire,
mes rires racontent ma renaissance,
et ma fille…
elle raconte tout ce que je suis devenue.
Une mère.
Une lumière.
Une victoire qui continue de marcher. »
Sans titre
Par Daba Diouf

« Noble est le campagnard Sérère
Grand d’esprit et ambitieux, mon père de Ngayokhème
Obstiné et travailleur, il partit dans le 16ème
Riche de ses rêves et résilient, il réussit, mon père
Dévoué, nous ne manquâmes de rien, de même que mes frères
Ingénieux, il battit des lignes d’affaires Obstiné, il ne se laisse pas faire
Utile a t’il fait de son ère
Fatigué, mon père, on te rendra la pareille
Daba, ta fille, homonyme de ta mère
Sévère une ethnie au Sénégal
Ngayokhème, notre village natal
16ème lieu d’étude de mon père à Paris »
Migrations poétiques
Par Martine Rousseau
« Quelques lignes pour y penser…
Est-ce l’encre ou la plume qui modifient l’écriture porteuse d’émotions ?
On dit qu’écrire sur un papier ligné permet de dissimuler les état d’âme de celui ou celle qui dessine les lettres des mots ?
Parce que sans balises, les lignes de la tristesse s’inclinent vers le bas de la page alors que celles de la joie regardent vers le haut.
Et que penserait on si j’écrivais avec un crayon à mine de plomb, comme au temps où j’apprenais à former les lettres ?
Essayons, juste pour voir…
Avec des lettres pour former des mots, les souvenirs sont dans un coin à attendre qu’on les appelle pour raconter ce qui manque à l’image. Mais le premier mot refuse de se présenter sans invitation bien dessinée…
Alors, je tente de l’attirer avec une plume mais le style n’est pas là. Si j’opte pour un stylo -plume pour faire moderne, la permanence de l’encre l’intimide. Et il reste caché là, entre ses lettres à regrouper. Il prétend maintenant ne pas retrouver leur ordre d’alignement pour reconstituer le code qui ouvrirait le coffre des souvenirs condamnés à l’oubli.
Tout ça parce qu’hier je n’ai pas su, je n’ai pas pu écrire avant de l’oublier, le premier mot de l’histoire. »
Demain
Par Laureano Soares

« Demain je t’emmènerais
à l’orée de ce bosquet
où jadis
en d’autres temps
nous pourchassions
les papillons
Là-bas dans ce lieu sacré
où nous avons échangé
nos premiers baisers
d’enfant
je prendrais alors ta main
doucement dans la mienne
et la déposerait à cet endroit
où se trouve mon coeur
pour voir briller
dans tes yeux
à nouveau cette lueur
d’un amour sans égal
sous les premiers rayons
de l’aurore matinale
revivre tout simplement
et pleinement
l’insouciant bonheur
de ces jours de nos enfances »




