Du choc culturel à l’appartenance

Pour bien comprendre le processus d’intégration pour les nouveaux arrivants en général, et spécifiquement au Québec, il faut avoir une idée que ce qu’on appelle le parcours migratoire. Ce parcours commence par la décision d’émigrer et se poursuit jusqu’à l’arrivée, l’installation et éventuellement l’intégration de chaque personne dans son nouveau pays et dans sa société d’accueil. Dans le meilleur des cas, ce processus se termine avec une intégration harmonieuse et un  sentiment d’appartenance à sa société d’accueil. Dans cet article, nous allons faire un survol des étapes les plus importantes du parcours migratoire et des conditions nécessaires pour permettre aux nouveaux arrivants de vivre un processus d’intégration positif et durable.

  1. Le processus du parcours migratoire

La période prémigratoire : 

Ce processus commence par la décision d’émigrer, et de quitter son pays. La décision d’émigrer est basée sur un certain nombre de choix, de désirs et de calculs qui inclut parfois le choix extrême de protéger sa vie et/ou la vie de sa famille.  Après avoir pris la décision de partir, une période plus ou moins longue et complexe commence qui est la préparation à l’immigration. Dans le cas des réfugiés, et des demandeurs d’asile, la décision de partir peut-être précipiter à cause de l’urgence de la situation, mais le processus technique de l’immigration peut être complexe, dangereux et long. Peu importe pourquoi une personne décide d’émigrer, la décision de partir va la confronter avec une multitude de défis : avant, pendant et après. Il faut rajouter qu’en plus des défis organisationnels, il y a des défis émotifs et affectifs qui sont causés par le détachement et la coupure nécessaire pour pouvoir partir. Souvent, on laisse en arrière les membres de notre famille, nos amis, nos professions, nos possessions, notre communauté, nos activités et nos habitudes, notre climat, notre environnement naturel et notre passée qui inclus plusieurs aspects de notre identité et notre savoir être.

La période migratoire :

En fonction des raisons d’émigrer, l’expérience post migratoire peut être très différente d’une personne à l’autre. Généralement, les personnes provenant de pays où les codes culturels et/ou la langue sont très différents du pays d’accueil vont rencontrer plus de difficultés à s’intégrer. Cependant, les personnes qui ont été dans les camps de réfugiés vont être soulagées d’être dans un environnement plus sécuritaire et possiblement moins violent. Les immigrants économiques qui arrivent des sociétés similaires peuvent avoir plus de facilité à être en mode « découverte ». Mais tôt ou tard, presque tout le monde vivra un certain inconfort ou sensation de confusion et passera à travers des étapes d’adaptation.

Quelques étapes psychologiques et émotives typiques de la période post-migratoire sont :

  • La lune de miel :  La lune de miel est un moment d’émerveillement et de découvertes <touristiques> dans un nouvel environnement. C’est excitant et stimulant de se retrouver dans un endroit différent avec plein de choses et activités différentes à expérimenter. Tout ça avec un grand désire que cette nouvelle vie soit belle, meilleur et qu’elle justifiera tous les sacrifices et défis.
  • Le choc culturel : La lune de miel est souvent suivie par le choc culturel qui se présente souvent comme une réaction émotive d’anxiété ou de malaise physique et cérébrale Les gens peuvent se sentir parfois dépaysés, frustrés, inquiets ou même rejetés ou bien juste ressentir une grande fatigue. Cet inconfort est souvent lié à des rapports sociaux très différents ou difficiles à comprendre, ou encore à la charge mentale et émotionnelle de devoir résoudre rapidement une panoplie de problèmes : trouver un emploi, un logement, apprendre une nouvelle langue, s’adapter au climat, au paysage, etc.

Pour plusieurs, la solitude accentue le sentiment de confusion. Ces difficultés peuvent être amplifiées par la barrière linguistique : un accent, une méconnaissance des expressions idiomatiques ou des tournures de phrases locales. Ce sentiment d’isolement ou d’exclusion peut nuire à la motivation et à la capacité de s’intégrer.

  • Reconstruire son identité
    Toute personne migrante est confrontée au fait que son identité d’origine diffère de celle des membres de la société d’accueil. Pour bien s’adapter, il semble logique de chercher à comprendre les identités culturelles de cette société et d’en adopter certaines façons d’être et de communiquer.
    Cela nécessite souvent une forme de déconstruction identitaire, suivie d’une reconstruction.

La personne conserve une base — son identité propre — puis y ajoute de nouveaux comportements, façons de parler, de rire, de s’exprimer ou d’interagir.
Ce processus d’apprentissage de nouveaux codes culturels devient une stratégie identitaire favorisant une adaptation graduelle et une intégration positive, basée sur l’observation, l’imitation et la communication.

  1. Le processus d’intégration

Lorsqu’une personne issue de l’immigration est prête et désire participer pleinement à la société d’accueil, on peut dire que son processus d’intégration est bien amorcé. Si elle réussit à s’épanouir selon son potentiel, ses aspirations et ses motivations, le processus est considéré comme réussi. Les phases d’intégration peuvent servir de repères dans ce cheminement, qui, pour certaines personnes, peut s’étendre sur plusieurs années.

L’intégration de fonctionnement

Pour commencer, un nouvel arrivant doit comprendre et appliquer plusieurs notions liées au fonctionnement de la société d’accueil : trouver un logement, l’aménager, comprendre les abonnements aux services essentiels (électricité, gaz, téléphone, Internet), ouvrir un compte bancaire, inscrire ses enfants à l’école, accéder à des soins médicaux, trouver de la nourriture (idéalement en lien avec ses goûts et ses habitudes), comprendre le système de transport, obtenir un permis de conduire, régulariser son statut d’immigrant, etc. Et surtout, s’il n’a pas encore d’emploi, il doit effectuer des recherches, afin de pouvoir subvenir à ses besoins rapidement.

Pour de nombreuses personnes, la réussite de ce parcours passe par la capacité à communiquer, ne serait-ce qu’un peu, dans la langue locale. Au Québec, cela passe souvent par la francisation, un processus pouvant s’étendre sur plusieurs années.

Pour alléger cette phase intense et multifacette, il est souhaitable d’avoir des amis, de la famille ou un réseau de soutien. En leur absence, il existe des groupes d’entraide, des organismes communautaires et des écoles de langue qui accompagnent les nouveaux arrivants dans leurs démarches et les aident à développer des stratégies d’intégration de base menant à un sentiment d’appartenance.

L’intégration de participation

Après avoir compris les mécanismes et les systèmes de base, plusieurs nouveaux arrivants commencent à tisser des liens : avec des voisins, des collègues, des camarades de sport ou d’autres loisirs, des amis ou des connaissances.

Ils saisissent de mieux en mieux les subtilités de la langue, les attitudes et les comportements du quotidien. Certains deviennent de véritables anthropologues culturels, observant et intégrant des aspects de la culture d’accueil dans leur vie de tous les jours.

Beaucoup s’intéressent à l’histoire, à la politique et aux valeurs de leur nouveau milieu, ce qui les aide à mieux comprendre certains comportements. Sans nécessairement adopter toutes les valeurs de la société d’accueil, leur participation devient plus naturelle lorsqu’ils comprennent le contexte social et émotionnel dans lequel elle évolue.

L’intégration d’aspiration

Enfin, certaines personnes aspirent à faire pleinement partie de leur nouvelle société et à y lier leur avenir.

Celles qui adhèrent aux valeurs de la société d’accueil comprennent l’importance de s’impliquer : dans un comité de parents, un conseil d’administration, un syndicat ou même la vie politique.

Conclusion

D’un point de vue réaliste, les nouveaux arrivants ne vivent pas tous les étapes du parcours migratoire ou du processus d’intégration de la même manière, au même rythme ou dans le même ordre. Tout dépend des circonstances, de la suite des événements, de la personnalité, du hasard des expériences et de la capacité individuelle d’adaptation.

Des traits comme la confiance en soi, la capacité à résoudre des problèmes, la facilité relationnelle ou encore la capacité à nommer ses besoins et à demander de l’aide jouent un rôle essentiel.
Le soutien familial, la maîtrise de la langue, la stabilité financière et la mobilité sociale sont aussi des conditions importantes.

Mais parfois, même avec les meilleures conditions, intentions et efforts, ce n’est que la deuxième génération qui parvient réellement à se sentir pleinement intégrée et véritablement chez elle.

Cependant, chaque geste d’ouverture, chaque sourire et chaque occasion de rencontre peuvent faire une réelle différence. L’intégration ne repose pas uniquement sur les nouveaux arrivants : elle se construit ensemble, par le dialogue, la curiosité et la volonté de mieux se comprendre.

Accueillir une personne, c’est aussi accueillir son histoire, ses talents et sa contribution à la richesse collective. En favorisant la rencontre entre les cultures, c’est toute la société québécoise qui s’en trouve plus forte, plus humaine et plus ouverte sur le monde.

Susie Veroff

Agente d’intégration des personnes immigrantes.